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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 16:12

Dans le catalogue d'exposition « Le chat s'expose » de Philippe Geluck qui retrace sa vie artistique et ses origines, celui-ci parle de l'humour belge (à ne pas confondre avec les blagues belges) et de la « swanze » bruxelloise : « Elle nous fait d'abord rire de nous-même : une poissonnière écorche des anguilles vivantes sur le marché aux poissons. A un client horrifié qui lui demande si ça ne les fait pas horriblement souffrir, elle répond : « Oh non ! Vous savez, elles ont l'habitude ! ».

 

La Nuit, déesse des ténèbres, fille du Chaos, est de fait la plus ancienne des divinités. Certains poètes en font la fille du Ciel et de la Terre ; Hésiode la met au nombre des Titans, et la nomme la mère des dieux, parce qu'on a toujours cru que la nuit et les ténèbres avaient précédé toutes choses. Elle épousa l'Erèbe, son frère, dont elle eut l'Ether et le Jour. Mais elle avait engendré seule, sans le commerce d'aucune divinité, l'inéluctable et inflexible Destin, la Parque noire, la Mort, le Sommeil, la troupe des Songes, Momus, la Misère, les Hespérides, gardiennes des pommes d'or, les impitoyables Parques, la terrible Némesis, la Fraude, la Concupiscence, la triste Vieillesse et la Discorde opiniâtre ; en un mot, tout ce qu'il y a de fâcheux dans la vie passait pour une production de la Nuit.

Pierre Commelin « Mythologie grecque et romaine »

 

J'aimerais bien que nous nous séparions avant qu'elle me quitte.

 

Quand je lui demande comment ça va, elle me répond : « Ça valse et ça vacille ».

 

Dans une lettre du docteur Destouches (Céline) à Eveline Pollet du 25 octobre 1938 il écrit ceci : « Regardez bien un cimetière. Il contient tous les mots, toutes les passions, tout. A mesure qu'on avance vers le cimetière, il convient de s'alléger de tout ceci, d'y arriver le moins lourd possible de bêtises. C'est l'oeuvre même ! »

 

Boris Vian aurait eu 100 ans cette année et Juliette Gréco vient de mourir à 93 ans ce mercredi 23 septembre, ce qui ne nous rajeunit pas. Dans un article hommage du journal Libération, celui-ci republie un entretien avec la grande dame en noir du 4 novembre 2003 qui parle de sa relation à la scène : « D'abord, j'arrive très tôt au Théâtre. J'ai besoin de renifler partout, de savoir où est ma place, et si j'y suis. Puis, dans ma loge, je range mes affaires. Je place les crayons bien droits, je fabrique un lieu que j'investis. Et je cultive ma terreur. Je l'arrose un peu, en attendant que le temps passe... » (propos recueillis par Ludovic Perrin et Antoine de Baecque)

 

Ce samedi 19 septembre, dans la rue du Port à Clermont-Ferrand, devant la galerie de Sounya Whang, pour les Arts en balade, cette femme qui regarde mes livres et qui me demande : « Vous êtes autodidacte en écriture ? »

 

Découvert le journal posthume « Le grand large du soir » (1997-1998) de Julien Green que je trouve très puissant dans sa densité existentielle avec par exemple cette note du 11 mai 1998 (il meurt le 13 août de la même année) : « La vraie aventure commence avec la mort ».

 

Et pour finir, cette pensée de mon ami Philippe Bosser (dans « Les rêveries de la phrase célibataire ») :

 

Tant qu'il y aura des « auteurs », on en restera à une littérature de petits propriétaires.

 

Jean Lenturlu

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8 septembre 2020 2 08 /09 /septembre /2020 11:17

Il n'y a pas plus tragique que la sincérité.

 

Cette grande, cette fluette femme, à la taille un peu carrée, à la gorge toute menue, est très brune, avec de grands yeux noirs, tout doux, et dont le regard est comme une caresse. Autour d'elle, il y a une petite senteur sauvage, perdue dans un goût d'héliotrope. Aujourd'hui, elle porte une robe rose, et sa longue et gracieuse personne fait un effet charmant dans la verdure foncée des chênes de la forêt, en son marcher lent, en ses accroupissements légers, pour cueillir une fleur...

Et la femme est, pour ainsi dire, toute vêtue de chasteté.

Journal des frères Goncourt (lundi 19 août 1878)

 

Dans « Le promontoire du songe » Victor Hugo écrit : « L'homme qui ne médite pas vit dans l'aveuglement. L'homme qui médite vit dans l'obscurité. Nous n'avons que le choix du noir. »

 

Lui : Pourquoi es-tu malheureuse ?

Elle : Parce que je suis.

 

Le beau titre du journal de bord de Catherine Deneuve : « A l'ombre de moi-même ».

 

Dans une entrevue avec « Le Monde des livres » du journal Le Monde, l'écrivain islandais Jon Kalman Stefansson dit au journaliste :  « Il n'y a pas grand-chose à faire, si ce n'est rester debout. Ceux qui courbent l'échine ne voient pas l'horizon. »

 

J'aimerais un jour écrire un polar qui tue ses lecteurs.

 

Marcher dans la montagne me donne envie de faire l'amour.

 

J'aime savourer l'écriture de David Goodis comme ceci dans « La nuit tombe » : « En dépit de la souffrance, en dépit du vertige et du voile écarlate, en dépit de cette avalanche de rochers fracassés qui s'entrechoquaient, en dépit de cette marée de ténèbres tachetées de rouge et de quelques touches d'un violet livide, en dépit de tout cela se maintenait une zone de paix, de paix de la mémoire ; il fit un effort gigantesque pour l'atteindre. »

 

Par hasard dans un dépôt vente, je trouve le dernier tome du journal de Julien Green « Le grand large du soir », qu'il écrit à la fin de sa longue existence (il a 96 ans). J'aime ces rencontres fortuites qui ouvrent l'horizon de la pensée. Je n'aurai jamais lu volontairement cet auteur et j'y trouve des matières précieuses comme ceci : « Les mots sont pleins de rêves qui attendent ».

 

Sommes-nous plus hypocrites ou plus authentiques sous nos masques ?

 

Pour finir ce mois de rentrée littéraire et scolaire (pléonasme?) cette pensée de mon amie Chris Saulnier tirée de son « Mathématiques appliquées...ou presque » :

« L'humour du second degré n'est pas vraiment perceptible dans les équations de ce type. »

 

Jean Lenturlu

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 14:09

Après trois mois de pause confinatoire, retour aux dédicaces devant les librairies avec quelques perles comme à Bourg-en-Bresse où deux dames passent devant ma table de livres et j'entends :

  • Tu lis toi ?

  • Non, je n'arrive pas à me mettre dans un livre.

Peu après, un vieux monsieur, sac à dos, cigarette au bec qui lit quelques aphorismes d'un de mes livres et me demande : « Vous n'en avez pas un plus saignant ? » avec le geste du couteau au niveau de la gorge.

 

Cette question d'Hisham Matar qui sera peut-être la matrice de mon prochain livre et qui m'obsède :

Est-ce possible d'être un homme sans devenir son propre père ?

 

Si un jour, après ma disparition, on célèbre mon œuvre artistique en attribuant mon nom à une rue, j'aimerais que ce soit une impasse.

 

Dans le journal des Goncourt ce vendredi 5 janvier 1872, Edmond G. note ceci :

« jamais un auteur ne s'avoue que, plus sa célébrité grossit, plus son talent compte d'admirateurs incapables de l'apprécier. »

 

Les fichiers ne sont ni bons, ni mauvais. Les fichiers n'ont pas d'état d'âme. Les fichiers n'ont pas d'âme : ils voient tout, mais ils ne savent rien, ils ignorent l'usage que l'on fait d'eux, ils n'entendent pas les cris, ils ne devinent pas les coups. Ils parlent et ils restent muets. Ce sont des instruments loyaux, les fichiers font simplement leur devoir : l'essentiel pour eux est d'être complets, que le nom, l'âge, le sexe, les signes particuliers soient bien bien lisiblement calligraphiés, sans faute d'orthographe ni erreur sur la personne.

Jérôme Prieur « Entre les lignes » dans le livre « Archives de la vie littéraire sous l'occupation »

 

Oh, vous êtes marié, me dit-elle, comme c'est dommage !

 

On ne nous aime pas mais nous nous aimons.

 

Comme Pierre Molinier, il faut que je trouve un petit vampire...

 

Le grand avantage des musées c'est qu'ils servent de camps de rassemblement pour touristes, ainsi certaines rues restent-elles libres pour les solitaires.

Michel Polac « Journal » (29 mai 1980)

 

Est-ce qu'un être profondément solitaire peut vivre en couple ?

 

Mon gong retentit pour enseigner à chacun que l'heure passe, qu'elle n'attend personne, mais passe et s'en va pour jamais.

Rabindranath Tagore « Amal et la lettre du roi »

 

J'aime ressentir cette peur animale de notre corps face à la réalité de notre mort prochaine.

 

S'enfermer dans sa propre vérité devient un mensonge.

 

Et pour finir ce mois de juin déconfiné, une pensée lumineuse de mon ami Armand Robin (Fragments) : La machine humaine doit être utilisée au maximum dans la lutte.

Jean Lenturlu

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4 juin 2020 4 04 /06 /juin /2020 20:35

Sur Amour (2012), j'avais improvisé. J'étais assez content et, après la prise, je le lui dis : "C'est bien, non ?" Lui me répond : "Oui, je comprends que ça vous plaise, c'est peut-être bien pour le personnage mais pas pour le film." J'ai trouvé cette réponse épatante. Un grand réalisateur n'est pas forcément quelqu'un qui dirige, mais quelqu'un qui sait vous mettre en valeur à votre juste place.

Jean-Louis Trintignant parlant du cinéaste Michel Haneke dans Le Journal du Dimanche du 30 septembre 2017

 

Dans le journal des frères Goncourt cette réflexion du vendredi 18 novembre 1870 : « C'est étonnant, comme parfois la vision spirituelle du rêve vous donne le délicat portrait de la physionomie des gens !

 

Un adage de Rémi Gaillard  : « C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui. »

 

… Mais quand une femme dit oui, qu'est-ce que c'est ? Oui était écrit autrefois avec un tréma ; cela voulait dire : entendu. J'ai entendu ton désir. Ouï. La seule problématique pensable était : consentante ou non ? Nancy Huston «  Jouer au papa et à l'amant »

 

Le philosophe se lève à l'aube dit Michel Serres.

 

J'ai beaucoup baissé dans mon estime depuis que je sais que je suis moi.

 

Peux-t-on détester un livre qu'on a fait parce qu'il est réussi ? Et l'aimer justement parce qu'il est raté ?

 

Je déménage mais ce n'est pas moi qui bouge.

 

Je relis la correspondance du gros Dominique ainsi que ses écrits intimes comme « Souvenirs d'égotisme » et je trouve dans celui-ci page 45 : «  J'ai oublié de peindre ce salon. Sir Walter Scott et ses imitateurs eussent sagement commencé par là, mais moi, j'abhorre la description matérielle. L'ennui de la faire m'empêche de faire des romans. »

 

Je suis épuisé par ce que je ne fais pas.

 

Tous ces livres par terre, en petits tas, que j'ai aimé un jour, sans avoir forcément eu le temps de les lire, qui attendent de savoir si je les garde ou si je les donne à Emmaüs ou « Aux mains ouvertes », me regardent fixement ou me font des clins d'oeil aguicheurs...

 

Et pour finir ce mois, cette pensée lapidaire de mon amie Natalie Barney (qu'on peut retrouver dans « Pareil à l'éléphant » qui vient de paraître) : « Brûler, puis éclairer. »

 

Jean Lenturlu

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 09:24

Le temps est venu de remettre au goût du jour les bals masqués.

 

"Un monstre me poursuit. Je fuis. Mais c'est lui qui me poursuit pour me demander de l'aide."
Alejandra Pizarnik

 

En 1650, l'archevêque Usher, se fondant sur les généalogies des personnages bibliques, propose pour la création de l'homme la date de 4004 ans avant Jésus-Christ. A partir des mêmes documents, J. Lightfoot précise un peu plus tard que cet événement eut lieu le 23 octobre à 9h du matin !

La date de 4004 avant J.-C. fut consignée dans les marges de la version autorisée de la Bible, et devint aussi sacrée que les Ecritures elles-mêmes.

Michèle Julien dans l'article « Le Paléolithique et le Mésolithique »  (Le grand atlas de l'archéologie)

 

Dans une entrevue avec le journal Libération en avril 2016 re-publié en hommage après l'annonce de sa mort ce 17 avril 2020, le chanteur Christophe disait : « Parce que tant que je serai debout, il peut m’arriver n’importe quoi, je peux voyager partout dans le monde, jouer du piano et chanter dans n’importe quel bar, comme quand j’avais 15 ans et que je chantais à la Vache enragée ou la pizzeria de Juan-les-Pins. Il y a que ma gueule qui a changé et les années en plus. Comment ça s’appelle, quand on a 65 ans ? Non, pas senior. Pas carte vermeil. Pas troisième âge ! Ah oui, la retraite. Encore un mot que je ne connais pas du tout. L’idée, c’est d’être en vie, au quotidien, maître de sa route, sans avoir à attendre les droits d’auteur, sinon t’es dans le formol. »

 

Dans cette éblouissante phrase d'Henri Michaux, il y a tout mon projet littéraire :

« J'écris afin que ce qui était vrai ne soit plus vrai. »

 

Dialogue d'André Breton :

­—Avez-vous des amis ? 

—Aucun, cher ami.

 

Cette réflexion spirituelle attribuée à Agatha Christie dont elle refuse la paternité :

Un archéologue est le meilleur mari possible, car plus vous vieillissez, plus il s'intéresse à vous.

 

Dans son journal, le 24 août 1920, Helen Hessel écrit en parlant d'Henri-Pierre Roché :

« Pierre parle du besoin naturel de mettre sa racine en la femme. Les enfants qui ne sortent pas l'empêche d'être beau. Devient amer. Il parle de son sexe avec un respect infini ou avec confiance et amitié, quelquefois il se fâche de l'indépendance qu'il lui reconnaît humblement. Il constate les mouvements, il obéit quand c'est possible, mais le sexe est aveugle, ne voit pas que ce n'est quelquefois pas possible en pratique. »

 

Se demander toujours : Dans l'intérêt de qui le dirigeant dirige t-il ?

 

Et pour finir ce mois confiné une pensée de mon ami Achille Chavée :

La chaise est toujours assise.

 

Jean Lenturlu

 

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 11:28

Nous sommes tous des masques mais maintenant nous le savons.

 

Je n'aurai jamais pu imaginer que ce mégalovirus arrive à confiner chez eux la moitié des êtres humains de cette planète et qu'il puisse transformer notre quotidien en une mauvaise série de science-fiction.

 

Masques et bergamasques... Le mot, dont l’origine est encore discutée, nous renvoie d’abord à la liesse et aux travestissements du carnaval. Pour nous, et depuis la fin du moyen-âge, se « masquer », c’est avant tout se « cacher », par jeu ou pour se soustraire à la morale. Et, dans ce dernier registre, nous imaginons le noble vénitien se rendant incognito sous son masque blanc tenter fortune au ridotto ou se divertir dans les casini proches de la place Saint-Marc... Ce faisant, nous privilégions exclusivement la fonction dissimulatrice du masque et nous oublions que dans la plupart des sociétés humaines et pendant des millénaires, ces objets si divers que nous regroupons sous le vocable générique de “masques” ont été liés au sacré et le plus souvent à des rituels d’épiphanie.

Christian Rivoire (article Saint-John Perse, Mythes et présences)

 

L'Odyssée dure 41 jours et l'Iliade 10 ans.

 

Dans le journal d'André Maurois (1946), cette phrase de Jean Cocteau : « Victor Hugo était un fou qui se prenait pour Victor Hugo ».

 

Mon nouveau livre « Pareil à l'éléphant » est là devant moi, en chair et en os de papier. Il est beau et terrifiant à la fois. Il est tellement lourd qu'il fait 63 cartons et pèse 767 kg. Depuis son transport devant l'hôtel de Paris jusqu'au grenier, j'ai des courbatures dans les mollets qui ne sont pas littéraires...

 

« Ici jadis et peut-être encore maintenant, des nymphes se promènent la nuit » écrit Egon Bondy dans l'introduction à son texte étrange « La fille qui cherche ».

 

Dans le journal des Goncourt, le 28 août 1865, les propos de monsieur Thierry, le directeur du Théâtre Français :

« Voyez-vous, ici, rien n'est vrai... Ce qu'on dit n'est pas vrai... Le mensonge même n'est pas vrai... Oui, oui, rien n'est vrai. »

 

Tintin, est-ce l'impuissance du fils ? Il s'est pour cela inventer un père ad hoc (adéquat).

 

Et pour finir ce mois de cloîtré, cette pensée de mon ami Manuel Daull que je trouve dans « Nos besoins d'attachement part II » : ce qui est caché à la surface nous démontre toute l'épaisseur de l'apparence.

 

Jean Lenturlu

 

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 09:19

De ces temps obscurs, j'aimerais ouvrir les volets roses de la beauté.

 

Que les enfants sont beaux quand ils dorment.

 

Cette pensée de Paul Eluard qui m'accompagne depuis des lustres : « Il y a un autre monde mais il est dans celui-ci. »

 

Je te désire beaucoup mais pas encore.

 

Dans le journal des frères Goncourt, l'un d'eux écrit ce 16 janvier 1844 : « Je me demandais l'autre jour, avec inquiétude, si j'aurai à recommencer la fatigue de cette vie d'ici bas, dans une autre. La peur m'était venue qu'il n'y eût, pour peupler les siècles, qu'un certain nombre déterminé d'âmes, – comparses défilant et repassant de monde en monde, ainsi que les soldats des armées du Cirque, de coulisse en coulisse. »

 

Dans la revue « Bizarre » n° 27 éditée dans les années 60 par Jean-Jacques Pauvert (dont je lis la passionnante biographie par Chantal Aubry) ce petit poème de Raymond Queneau :

J'embarque

Tu bateau

Il navigue

Nous coulons

Iles désertes

 

Je me suis toujours demandé si les gens qui apprécient mon travail artistique ont mauvais goût.

 

Du poète soufi Jalâl al-Din Rumi : « Par-delà les notions de bien et mal, il y a un champ. C'est là-bas que je te retrouverai. »

 

Dans les lettres à Jean Paulhan, ce mot d'Alexandre Vialatte : (…) « Et c'est sans doute la mort seule qui nous ouvre notre propre porte. »

 

Mon prochain livre va naître le 18 mars (si les dieux de l'imprimerie sont avec nous) et je serai présent à l'imprimerie Chirat avec Claude Ballaré et Adélaïde. Overdose de grammaire et de ponctuation pour ce livre qui m'oblige à parler avec des points virgules et des guillemets, ce qui n'est pas évident à l'oral.

 

Vendredi dernier à la librairie de Paris à Saint-Etienne, rencontré par hasard deux poètes et un philosophe qui ont consciencieusement éviter de lire mes aphorismes de peur d'attraper le mégalovirus.

 

Une pensée de mon ami Louis Scutenaire pour finir ce mois infecté :

Une banalité me convient mieux qu'une originalité à la mode.

 

Jean Lenturlu

 

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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 18:21

Ce samedi à Glaine-Montaigut au salon des vins naturels, cette petite fille qui me déclare : Avant, mon papa offrait des fleurs à ma maman, maintenant il ne lui en offre plus.

 

Le nouveau livre avance et prend des formes qui me plaisent.

 

Depuis qu'il était myope, il avait une vie de flou.

 

Je suis à la lisière de la notoriété.

 

La poésie, c'est une trace de vie, et non la vie en soi. Ce sont des cendres de quelque chose qui brûle bien. Parfois, on se méprend et on essaie de créer des cendres au lieu des flammes. Léonard Cohen

 

Combien de temps perdu depuis qu'il existe ?

 

Dans « Libération » du 24 janvier, reportage sur la manifestation à Paris contre la réforme des retraites et cette phrase d'un manifestant : « Avant, on était maltraités, maintenant, on va être mal-retraités ».

 

Si je meurs un jour, mettre sur ma tombe cette phrase de William MacIlvanney :

« C'est avec ces fragments que j'ai consolidé ma ruine. »

 

 

Cette déclaration de Marcel Duchamp : Je vois la vie en « ose ».

 

Dans le « Monde des livres » du 31 janvier, cet extrait du dernier livre de Mia Couto « Les sables de l'Empereur » :

« Je ne suis pas né pour être une personne. Je suis une race, je suis une tribu, je suis un sexe, je suis tout ce qui m'empêche d'être moi-même. »

 

Norbert qui crie quand on lui propose d'aller dans un camps de nudistes :

Non ! moi je suis un pudiste !

 

Je relis les journaux-registres de Pierre de L'étoile pour me rappeler que l'histoire est cruellement injuste.

 

Et pour finir ce mois de janvier, cette pensée de mon ami Georges Perros :

Les tableaux pensent. Le langage travaille.

 

Jean Lenturlu

 

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7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 10:20

Nous sommes désormais l'avant-garde de la fin du monde.

 

Reçu aujourd'hui cette curieuse carte de vœux : « Adepte du bondage culturel, je vous souhaite mes meilleurs nœuds créatifs pour cette nouvelle année ».

 

Aux Volcans, ce jeudi 19 décembre 2019, ce vieux monsieur qui me dit après avoir regardé mes cartes postales aphoristiques : « Les pensées, c'est du voyage lent ».

 

J'ai appris dans « Le rêve mexicain ou la pensée interrompue » de J.M G. Le Clézio que les Mayas nomment l'or « Takin », ce qui veut dire « l'excrément du soleil ».

 

Quand je serai fatigué, je m'arrêterai et m'allongerai dans un fossé pour regarder les étoiles.

 

Rencontré à Vienne à la librairie Lucioles le 21 décembre un membre du collectif « les flous furieux » qui accompagne artistiquement des personnes en souffrance psychologique.

 

Dans le recueil de journaux inédits posthumes « Il faudra repartir », Nicolas Bouvier écrit pendant son voyage en Indonésie en 1970 : « Petit j'ai longtemps cru qu'oisif était le singulier d'oiseaux. Java me rappelle cette méprise. Les Javanais se tiennent comme des échassiers, toujours le poids sur une jambe. On ne serait pas surpris que leurs genoux soient doublement articulés. Quand ils vous regardent, ils battent des paupières comme des oiseaux de nuit. »

 

Akutagawa Ryünosuke (1892 – 1927) est ce célèbre écrivain japonais qui se suicida en laissant ces mots : « Vague inquiétude ».

 

Dans le journal des frères Goncourt, on trouve des remarques misogynes, des saillies antisémites, des banalités et quelques perles comme celle-ci datée du 15 novembre 1859 :

« Dans les troubles de l'art, à la fin des vieux siècles, quand les nobles doctrines sont mourantes, et que l'art se trouve entre une tradition perdue et quelque chose qui va naître, il apparaît des décadents libres, charmants, prodigieux, des aventuriers de la ligne et de la couleur qui risquent tout, et apportant en leurs imaginations, avec une corruption suave, une délicieuse témérité. »

 

Je suis dans le rhume total et la fatigue extrême depuis la fin de mes dédicaces, comme s'il fallait que j'expie tous ces livres vendus en cadeaux de Noël...

 

N'oublions pas que les cannibales n'ont pas de cimetière - pensée de mon ami Marcel Mariën - est une bonne entrée pour fêter cette nouvelle année 20 – 20.

 

Jean Lenturlu

 

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3 décembre 2019 2 03 /12 /décembre /2019 11:06

Dans cette société mondialisée, on tente de nous empêcher tous les jours de ne rien faire.

 

Dans le journal de Thomas Mann (28 septembre 1918) :

L'éducation est une atmosphère, rien de plus.

 

Envie de finir ma vie entouré de vieilles dames buvant le thé.

 

Apprendre à dormir est-ce accepter de mourir ?

 

Dans son livre - résilience « Une minute quarante neuf secondes » (après l'attentat de Charlie Hebdo), le dessinateur Riss écrit   : « Les tragédies sont comme les tempêtes : à marée basse elles dévoilent rarement des trésors mais plus souvent des épaves. »

 

Cette belle phrase de Philippe Lançon : On écrit pour rejoindre ceux qu'on a lus.

 

Boris Pasternak, sachant qu'il ne pourra pas être publié en URSS, donne une copie du manuscrit du Docteur Jivago à Sergio d'Angelo, agent littéraire de l'éditeur italien Feltrinelli en lui disant : « Je vous invite à mon exécution ».

 

Ce 28 novembre à l'entrée de la salle de spectacle du Sémaphore à Cébazat, n'ayant pas de sac avec moi, je vois dans les yeux de l'agent de sécurité la nostalgie de ne pas pouvoir me fouiller.

 

Dans le dictionnaire historique de Pierre Bayle (qui date de 1702), à l'article « Philetas » qui est un grammairien et poète au temps d'Alexandre le Grand, il écrit : « Il était si petit et si menu qu'il fut obligé de mettre du plomb à ses souliers, afin que le vent ne l'emportât pas. C'était le moyen d'encourir point le reproche qu'on fait si souvent aux Prédicateurs de Carême, lors qu'avec un teint frais et vermeil, ils gémissent de la corruption du monde, et déplorent le mépris qu'on a pour les lois de la mortification. »

 

Je suis une blonde aux cheveux noirs (Louise Brooks).

 

A la librairie de Romans sur Isère ce vendredi 29 novembre, ce monsieur qui me parle de sa grand-mère qui a 97 ans et qui lui a dit : « Je voudrais me coucher vivante et me réveiller morte. »

 

Pour Claude qui n'est plus là depuis le 10 novembre,

cette épitaphe de Khalil Gibran :

Je suis vivant comme vous et je suis maintenant à vos côtés. Fermez les yeux, regardez autour de vous, vous me verrez.

 

Et pour finir ce mois un peu froid et funèbre, ce petit quatrain de mon ami Ausone de Chancel :

 

On entre, on crie

Et c'est la vie !

On baille, on sort

Et c'est la mort !

 

Jean Lenturlu

 

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