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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 16:20

La tentative (vaine) d’avoir du talent.

La dernière semaine de ce mois de février :

4 nuits à ne pas dormir (lire énormément et veiller sur le sommeil de petits enfants éloignés de leurs parents)

3 spectacles ensuite et de belles rencontres

17 livres vendus

pour me retrouver dimanche soir tout à coup épuisé et seul.

Perdre tout dans la vie, sauf sa sensibilité.

Il faut aller voir ce qui dit Grisélidis Réal dans de vieux reportages disponibles sur Internet. Sa beauté coquine et sa voix m’exaltent.

Lire est une forme d’amour.

Cette pensée de Paul Léautaud dans une lettre qu’il écrit à Octave Mirbeau le 15 décembre 1907 et qui me va bien : « Cela, se montrer dans un livre l’homme qu’on est, les phraseurs ont beau dire, c’est la perfection littéraire. »

Cette phrase de Florence Aubenas dans son nouveau livre « Le quai de Ouistreham » :  Aujourd’hui on ne trouve pas de travail, on trouve « des heures ».

Dans son journal (qui me fait grandir) Jacques Copeau explique à sa petite fille le 4 mars 1912 : « C’est ainsi que ceux qui ont l’attention assez forte, assez égale, patiente et appliquée, voient et entendent des choses que les autres hommes n’entendent et ne voient. »

Il rajoute pour lui-même entre parenthèses : « Je pense à part moi que le meilleur du don de romancier, tel que je le conçois du moins, est là. »

Jean Lenturlu

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 15:42

Certains de mes amis n’aiment pas mon écriture intimiste. Ils me reprochent de me regarder le nombril. S’ils savaient qu’en fait, je regarde un peu plus bas…

Je pense à eux, à leur amour et je pleure de joie.

Le seul véritable cadeau que nous offre la vie : se donner la mort.

Me promener avec elle dans la campagne malgré mon aversion de la nature (cette chose verte qui m’empêche de respirer)

La volupté de savoir que personne m’attend.

Cette pensée cruelle mais juste de Baltazar Gracian dans « L’art de la prudence » que je machonne dans ma tête : « C’est le malheur ordinaire des malhabiles gens de se tromper dans leur choix de leur profession, de leurs amis, et de leur demeure. »

Joué à Lyon 2 soirs devant un public clairsemé et courageux. Je ne mérite pas la foule.

J’aime cette phrase de Jules Renard (journal) : « Pâle, comme si elle se nourissait de neige ».

Aucune envie de finir ce livre. Il va falloir que je me menace d’expirer ou que je m’enferme une semaine sans alcool. Dans cette société, vouloir rester un écrivain sans œuvre est inconcevable.

En moi, ce désespoir qui a la forme d’un lac.

Jean Lenturlu

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 17:01

Commençons ce journal avec cet aveu un peu froid d’Alfred Hitchcock en forme de vœux pour la nouvelle année (on pense tous à quelqu’un de détestable) qu’il a prononcé le 29 avril 1974 à la film Society of Lincoln Center : « Quelques uns de nos meurtres les plus exquis sont de nature domestique ; commis avec tendresse dans des endroits simples et chaleureux comme la cuisine, sur une bonne vieille table. »

Le côté bourgeois de tous les couples.

Cette simple remarque de Kafka face à la consommation de la littérature : « On lit pour se poser des questions. » 

Cette peur de l’aphorisme chez certains lecteurs « car il faut réfléchir »  me laisse pantois.

Cette femme au sourire végétarien qui aimerait bien me dévorer.

Dans « En Tête » (La génèse),une note d’André Chouraqui qui me fait sourire : « Noah offrit un sacrifice à Elohîms, arrosant la vigne du sang d’un agneau, d’un lion, d’un singe et d’un porc. D’où les effets du vin selon qu’on en boit un peu, beaucoup ou trop.

De nombreuse dédicaces en décembre : rencontres éphémères de lecteurs qui ont aimé notre univers et qui sont partis avec nos livres. Etre un livre me plairait bien. Vivre avec une jeune femme qui aime la littérature sensible et délicate (comme Kawabata). Sentir ses doigts sur mes pages et ses yeux sur mes mots. Puis être refermé à jamais jusqu’à sa mort pour renaître ailleurs, à la merci d’un bouquiniste…

Jean Lenturlu

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 10:32

Cette fin d’année me trouve sur les rotules. Mener de front autant d’activités est dangereux pour mon âge car même si je ne le fais pas, lui, il peut ne pas me rater et me le faire.

Devenir veilleur de nuit à presque cinquante ans est un projet professionnel que je n’avais pas envisagé, il y a quelques semaines encore, mais depuis sa concrétisation qui va se réaliser fin décembre, je vais avoir le temps de penser, donc d’écrire. Et passer le 31 décembre, seul, entouré d’enfants qui dorment, sans musique et sans alcool, sans vœux creux incrustés de gaieté artificielle me paraît idyllique de loin.

Cette sentence, assez curieuse et peut-être plus sérieuse qu’on ne le croit de Simon B. directeur des services culturels d’une ville où je viens de « résider » artistiquement : « Un bon spectacle est un spectacle mort. »

Lui dire un jour, après sa sortie de scène, parce qu’elle est encore plus belle quand elle joue : « J’ai beaucoup d’estime pour vous et puis j’aime bien vous regarder. »

Être l’amant virtuel de cette femme. Exister dans cette illusion magique et savourer son sourire à l’aune de cela.

Ce 17 novembre au matin, ma petite fille Louise (4 ans) qui ne veut pas mettre ses chaussures neuves pour aller à l’école parce qu’elles ne courent pas assez vite.

Être déçu par une femme qu’on ne connaît pas.

Ce 26 novembre, dans la rue des petits gras, devant la boutique de mon ami Nicolas, qui vend des livres et disques d’occasion, je dédicace dans le froid et j’invite les passants à visiter mes livres. Cette femme qui s'exclame en regardant « La forêt des hommes perdus » : « Votre livre, il est bien décoré ! »

Et pour finir, cette phrase – guirlande de l’humoriste bien connu Samuel Beckett qui ressemble à un cadeau de Noël : « Quand elles ne savent plus que faire, elles se déshabillent, et c’est sans doute ce qu’elles ont de mieux à faire. »

Oui, je sais, j’ai une vision particulière de l’amour.

Meilleurs nœuds pour 2010.

Jean Lenturlu

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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 10:38

Je vis l’automne intensément. L’automne de la vie aussi que je cotoie en rencontrant de vieilles personnes dans les maisons de retraite (attelage de mots affreux, mouroir serait plus juste). La nuit, je rêve de feuilles mortes. Quand on est vieux, on est gentil. C’est bizarre que tous ces vieux soient gentils. Gentil veut peut-être dire résigné.

Le 10 février 1793, dans son journal, Joubert écrit cette phrase mystérieuse : « Le temps est venu où sept femmes prendront un homme. » Le mystère est quelquefois ingrat.

Une vieille professeur à Annonay qui m’offre cet aphorisme (de Bernanos ?) en partant de la librairie : « Vouloir être dans le vent est une ambition de feuille morte. »

Pour qui penser, pour qui écrire, pour qui vivre ? Aucune réponse de Benjamin Constant dans son Journal pour l’instant.

Je l’aime tellement qu’il faut qu’elle me déteste.

Ecouté cette belle définition de Gilles Vignault dimanche à la radio : « La paresse, c’est la patience vécue comme un métier. »

Mon travail de tous les jours : me débarasser de l’illusion du moi. (J’ai du travail !)

Bientôt l’hiver et son manteau blanc. Cette belle image de Jules Renard dans son Journal m’y fait penser : « Sur les jets d’eau, la nuit, grandissent les ours blancs. »

Et pour finir, un peu d’histoire technique avec cette docte explication collectée dans « Les jours dangereux » de Marcel Mariën : « L’origine des pompons de la marine française remonterait à l’exiguïté des premiers vaisseaux de guerre. Ainsi, les matelots, pour ne point heurter du crâne les plafonds excessivement bas, avaient-ils eû l’idée de fixer un morceau d’étoupe au sommet de leur béret. »

C’est beau, non ?

Jean Lenturlu

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 08:58

Je cours en écrivant ce journal, ce qui n’est pas très pratique pour taper sur les touches du clavier de l’ordinateur. Je n’ai jamais autant travaillé de ma vie qu’en ce moment (peut-être quand je m’occupais du Théâtre de Poche dans les années 90, c’étais pire mais j’étais plus jeune ! ) : toujours des dédicaces, fêtes du livre, des concerts aussi (j’en ai 3 en Octobre) et mes ateliers mémoires dans les maisons de retraites de la Communauté de communes de St Dier – Billom. J’ai la désagréable impression d’être un romancier : curieux de faire une page par jour, après la séance de collectage des histoires de ces vieilles personnes. Elles sont adorables. Certaines sont malheureuses de ne plus pouvoir exister. Et qu’est-ce que la vie sans existence ? Que répondre à cette révolte légitime. Je n’aimerais pas m’y voir. Pour me remonter le moral, j’ai trouvé dans un dépôt vente, hier en rentrant de Clermont-Ferrand, un petit livre de Régis Debray qui s’appelle « Le plan Vermeil ». Lecture idéale en ce moment !

Ne pas oublier que je travaille  aussi sur la création « Le songe de Don Quichotte » du Laskar Théâtre. Cette phrase qui sera peut-être dans le spectacle : « La meilleure sauce du monde, c’est la faim ; et, comme elle ne manque pas chez les pauvres, ils mangent toujours avec appétit. »

Cette remarque très pertinente de Miche Polac dans son journal (assez décevant dans l’ensemble) que je fais mienne : « Je regarde les femmes comme je regarde les panthères, fasciné, mais que ferais-je d’une panthère chez moi ? »

Le 4 septembre, à Clermont-Ferrand, journée étrange (je n’avais pas bu pourtant). Tous les gens que je croisais avaient le sourire.

Gaz hilarant municipal ?

Ses beaux yeux m’enrhument. Ne pas (trop) les regarder.

Même si nous n’aimons pas l’eau, la piscine est un lieu magnifique pour regarder  la beauté des femmes. (par contre, mon maillot de bain est ridicule)

Jean Lenturlu

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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 13:09
En deux jours, re-lu « L’aveu » d’Artur London, exemplaire acheté ce dimanche 2 août 50 centimes d’euro à la bibliothèque de Saint-Julien Chapteuil qui bradait des livres retirés du fond
(pourquoi celui-la ?). Livre effroyable et magnifique : énergie inouïe d’un individu à survivre et comprendre l’impensable : que le Parti pour lequel il a donné sa vie l’utilise comme acteur-coupable d’un procès fabriqué qui le dépasse (la folie stalinienne) et lui impose des tortures psychologiques pires que celles qu’il a vécu dans les camps nazis pour justifier l’épuration de d’anciens communistes historiques. Avec cet argument machiavélique : « fais-le pour le parti ». La mécanique totalitaire décrite par London lors de ses interrogatoires (qui ont duré plus d’une année tous les jours à répéter la même chose !) est terrifiante. Il a tenu six mois avant d’accepter de « collaborer ». Sans vous donner de conseil, lisez ce livre pendant l’été pour avoir moins chaud.
Un écrivain est celui qui écrit (Roland Barthes).
Ce beau mot persan « djân » qui désigne à la fois le corps et l’âme (si elle existe !). En français, quel mot pourrait faire l’affaire ? (« l’être » ?)
Mes débuts de spectacle sont souvent catastrophiques. C’est que je tente de partir du chaos de moi-même pour lentement construire une émotion originale avec le public qui devrait se terminer par une extase (un état de grâce intemporelle) : je n’y arrive jamais.
Rien que cette définition me récompense de l’achat (2 €) de ce livre de Philippe Bosser intitulé « les révêries de la phrase célibataire » chez Plasma (1980) : « Les yeux : les seuls points d’eau dans le désert de la viande »
Cette femme me hait tellement qu’elle aimerait me faire l’amour une bonne fois pour toute.
Jean Lenturlu
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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 17:15
Le malin est partout.
Entendu cette anecdote dans un bar il y a quelques années : Des ouvriers effectuant des réparations dans une église sont obligés de déplacer une vierge Marie. Ils demandent (naïvement ? ) au curé s’il n’a pas pas un diable…

Il faudrait quelques fois souffrir la vie comme certains vignerons (hélas) souffrent le vin. (On aurait souvent mal à la tête !)

Dans le journal de Soeren Kierkegaard, cette phrase qui me ravit : “Ces temps-ci mon malheur est tel qu’en rêve je suis indescriptiblement heureux”.

Je suis en admiration devant mon impuissance artistique.

Envie d’écrire un nouveau livre en trois jours, enfermé dans une chambre d’hôtel avec un tonneau de Caipirinha.

14 dédicaces, 2 fêtes du livre et 2 concerts ce mois de juillet, de quoi remplir d’humanité le vide de mon esprit et mes yeux noirs.

Ecrire de la poésie à une femme mariée est une belle histoire d’amour platonique.

Je lis Grisélidis Réal (putain – écrivain) qui exerçait ses nombreux talents à Genève et sautait de joie quand elle pouvait revendiquer publiquement sa profession de péripatéticienne à la face des biens - pensants. Dans « La passe imaginaire », lettres qu’elle envoie à Jean-Luc Hennig dans les années 1980, au milieu de descriptions comiques et pathétiques de la misère sexuelle des hommes, elle écrit aussi cela : « On ne vit bien que dans la douleur,  pour se laver avant les joies et préparer le terrain pour de grands bonheurs sauvages. »

Jean Lenturlu

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 11:05
Le petit Anis (3 ans) qui me déclare hier soir : « Moi je commence à grandir ».
Nous grandissons toute la vie et notre achèvement doit être une autre forme d’agrandissement…
A Valence la semaine dernière, dans la grande rue (qui est piétonne), devant la librairie Notre temps, j’étais derrière ma petite table à dédicaces (il faisait beau) quand est arrivé un homme un peu éméché d’une trentaine d’années avec un gros sac à dos qui s’est posé à côté de moi. Il a vu mes livres et m’a demandé d’emprunter Balthazar Cannibale qu’il a commencé de lire en face de moi, assis par terre, le dos appuyé contre une porte d’immeuble. Quand il ne comprenait pas un aphorisme ou une note de lecture, il venait me demander de la lui relire et de lui expliquer ce que je voulais dire. Il venait aussi régulièrement boire une gorgée de sa bouteille de vin en plastique qu’il avait dans son sac à dos. Cela a duré toute l’après midi. Ce mélange de perdition et de culture en lui était bouleversant. A la fin de la journée, je lui ai offert le livre pour qu’il puisse continuer de le lire après mon départ.
Cette femme ne m’aime pas mais me désire. L’amour primitif est un antidote à la passion du mariage qui m’agite. (Me marier en robe blanche à l’église comme ma sœur)
Les programmateurs de spectacles de ma génération m’ont beaucoup déçu par leur médiocrité et leur manque d’intelligence à reconnaître mon talent. J’espère qu’à soixante-dix ans, je séduirais leurs successeurs qui seront loin d’être des imbéciles (ils peuvent déjà m’appeler au 06.03.00.11.02).
Réveillé ce matin très tôt avec cette inscription au feutre sur mon bras : « Jette toi à l’aube ». Ce que je ne manquerais pas de faire demain matin avec mon parachute doré.
Jean Lenturlu

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 09:03
Trois jours d’humanité et d’échanges intenses avec le public et les artistes présents pendant les 3 jours de fête à l’occasion de l’anniversaire des 10 années d’existence du Laskar Théâtre à Mauzun (ce début mai). Le temps (ensoleillé) a été le plus beau cadeau offert à la cie.  De nombreux spectacles invités dont le cirque Rouages, jeune équipe artistique étonnante par sa maturité, sa simplicité humaine et son talent collectif. A 20 ans, je crois que j’aurai aimé vivre cette circus forme  d’aventure créative en saltimbanque nomade avec notre groupe de l’époque « Antisthène ».
J’ai eu envie d’aller au cimetière de Montrouge sur la tombe de Fanny Forestier (la tante de Paul Léautaud) après avoir lu le livre de Mary Dormoy (la vie secrète de Paul Léautaud).
Merlin se penchant sur mon berceau a murmuré : « … mais il sera chaud et luxurieux comme chien jusqu’à sa mort. »
J’ai évité de tomber dans ses grands yeux bleus qui brûlaient car j’aime l’amour de loin.
Dans « Dalva » de Jim Harrison, cette curieuse théorie rapide qui me semble proche de mon état (après ces trois jours alcoolisés) : « Les violentes gueules de bois présentent une pathologie sexuelle que je n’ai pas très bien comprise ; l’alcool absorbé en grande quantité agit comme un traitement de choc, et le lendemain matin, la vie sexuelle non vécue vous frappe de plein fouet. »
Ce mardi 5 mai, dans une rue de Billom, Louise (4 ans) qui me
dit : « J’espère que demain il fera jour. » Il n’y a hélas que les enfants qui savent la vérité enfouie et nous passons le reste de notre vie à la recouvrer.
Jean Lenturlu

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